La réhabilitation du village des bories à Gordes (1968-1983) Voir dans l'inventaire Ajout à votre panier

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Pierre Viala découvre Gordes en 1956 lors d'un séjour chez des amis ; il connait un choc émotionnel en parcourant la garrigue, autrefois cultivée et redevenue sauvage, avec ses maisons en ruines, ses restanques à l'abandon, ses cabanes en pierre sèche. Il s'en expliquera plus tard : "Dès cette époque, je me suis passionné pour ces étranges cabanes, comme pour les ruines de l'ancienne ferme des Savournins que je rêvais de remonter un jour. Ce jour s'est présenté en 1968 lorsque j'ai appris que ces terres étaient mises en vente par les deux architectes suisses qui les avaient acquises en vente publique au tribunal, mais qui n'avaient pas réussi à se mettre d'accord sur la destination à leur donner. Ayant eu la chance d'être le premier informé, ma décision fut immédiate, je vendis ma maison et devins propriétaire des ruines de mes rêves. Avant de restaurer les restes de la ferme destinée à devenir ma demeure, je me consacrai au sauvetage des bories dont je me sentais désormais responsable".

Ce fut le début d'une "folle entreprise" selon les mots de Marie-Agnès Viala, sa fille. Dès 1956, il avait fait l'acquisition à Gordes d'une première maison, "la Basse Juverde" ; en 1968-1969, il rachète progressivement les parcelles des Savournins, et les travaux de restauration démarrent ; ils se sont échelonné sur huit années, de 1968 à 1976, sans aide financière, mais avec la seule collaboration d'amis maçons qui secondèrent Pierre Viala dans le débroussaillement, le dégagement des vestiges, la consolidation et la reconstruction des murs, la reprise des linteaux et des faîtages ; en attestent bien des photographies, de Viala lui-même, mais aussi de photographes qui se succédèrent à la découverte de ces lieux qui les séduisirent immédiatement.

Ayant cessé sa carrière artistique en 1973, Pierre Viala se consacra dès lors à temps plein à la restauration des Savournins.

L'idée de la création d'un musée d'habitat rural consacré à l'architecture de pierre sèche - qui bénéficiait alors des recherches de l'équipe de Christian Lassure, au sein du Centre d'études et de recherches sur l'architecture vernaculaire - a très vite germé. Le lieu fut baptisé par Pierre Viala "Village des bories" et une documentation sur la technique de construction en pierre sèche y fut rassemblée, ainsi que de l'outillage ancien. Le musée fut créé et ouvert au public en juin 1976 ; en 1977, Pierre Viala recevait de l'Académie d'architecture sa médaille de la restauration ; la même année, le village des bories était classé monument historique. C'était l'aboutissement d'un processus et de toute une oeuvre de restauration et de mise en valeur.

À l'invitation de Pierre Viala qui avait créé une association d'animation artistique du village des bories, des écrivains, des peintres et des sculpteurs, des danseurs, des photographes, s'installèrent au village des bories, le temps d'une exposition, d'un spectacle ou d'un reportage : Jacques Lacarrière, Jean Deyrolle, Claude Jeanneau-Astrachan, Malavika, Izis, Willy Ronis, et d'autres artistes, amis de Pierre Viala.

En 1983, Pierre Viala a souhaité se retirer, estimant achevée sa mission de sauvegarde ; la pérennité du village des bories était aussi garantie. Mais il voulait que son oeuvre échappe aux investisseurs privés. C'est la commune de Gordes, à l'initiative de son maire de l'époque Maurice Chabert, qui racheta les lieux.

Bibliographie

Barruol (Guy), "Bories de Gordes", Lithiques, n° 1, 1985, p. 61-70, ill.

Lassure (Christian), "Eléments pour servir à la datation des constructions en pierre sèche", L'architecture rurale en pierre sèche, I, 1977, p. 122-139

Lassure (Christian), "Problèmes d'identification et de datation d'un hameau en pierre sèche : le village des bories à Gordes (Vaucluse). Premiers résultats d'enquête", L'Architecture rurale, III, 1979, p. 46-55

Lassure (Christian), "Les Cabanes à Gordes (Vaucluse) : architecture et édification", L'Architecture vernaculaire rurale, III, suppl. 2, 1980, p. 143-160

Lassure (Christian), La tradition des bâtisseurs à pierre sèche : la fin de l'anonymat", Études et recherches d'architecture vernaculaire, I, 1981, 38 p.

Viala (Pierre), Barruol (Guy), Le village des bories à Gordes dans le Vaucluse. Gordes, 1981, 24 p.

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